Franchir la barrière de la langue, un document à la fois
Le monde n'a jamais été aussi connecté, et pourtant il parle toujours des milliers de langues. Une entreprise traite avec des fournisseurs à l'étranger. Un particulier reçoit un document officiel rédigé dans une langue qu'il ne maîtrise pas. Un curieux veut comprendre un article publié à l'autre bout de la planète. Malgré tous les discours sur le village global, la langue demeure l'un des obstacles les plus tenaces à la compréhension mutuelle, et cet obstacle prend le plus souvent la forme d'un document.
Quand l'information franchit les frontières, c'est presque toujours sous forme de fichier. Contrats, rapports, documents administratifs, correspondances : la matière première des échanges internationaux est rédigée dans une langue donnée, et l'immense majorité du temps, dans une seule. Dès qu'une personne qui ne lit pas cette langue doit comprendre ce document, le monde connecté se heurte à un mur. Historiquement, le seul moyen fiable de franchir ce mur était la traduction humaine professionnelle. Excellente, mais lente et coûteuse. Pour un contrat important, l'investissement se justifie pleinement. Pour le flot quotidien de documents que génère toute activité, il est tout simplement impossible de tout confier à un traducteur et d'attendre. Une grande partie de ces textes reste alors non lue, non traduite, mal comprise.
C'est ici que les outils modernes ont commencé à combler le fossé. Pouvoir traduire un pdf tout en conservant sa mise en page permet de faire circuler l'information d'une langue à l'autre en quelques instants plutôt qu'en plusieurs jours. Un rapport reçu dans une langue que vous ne parlez pas devient un document exploitable, immédiatement, au lieu d'un fichier mis de côté en attendant un hypothétique traducteur. Pour quiconque travaille à l'international, cette rapidité change la donne. Vous pouvez suivre l'actualité, répondre à vos partenaires et rester informé d'une langue à l'autre au rythme qu'exige le monde d'aujourd'hui, sans être freiné par la lenteur d'une traduction manuelle pour chaque document.
Une réserve essentielle s'impose, et il serait irresponsable de la passer sous silence. La traduction automatique est devenue remarquablement performante, mais elle n'est pas infaillible, et les enjeux varient énormément selon le document. Pour saisir l'essentiel d'un rapport, comprendre un courrier ou suivre une couverture étrangère d'un sujet, une traduction automatique rapide suffit amplement. Pour tout ce qui comporte un poids juridique, financier ou réputationnel, elle reste une première étape, jamais le mot de la fin. Un contrat, un acte officiel ou une traduction destinée à être publiée mérite toujours le regard d'un professionnel qualifié, capable de saisir la nuance et le sens. L'Organisation internationale de la Francophonie, à travers son action en faveur de la diversité linguistique présentée sur l'OIF, rappelle qu'une véritable compréhension entre cultures repose sur le respect du sens, et non sur un simple échange de mots. Il convient donc d'adapter le niveau d'exigence à l'importance du document.
Utilisée avec bon sens, la possibilité de traduire rapidement des documents transforme la texture même des échanges internationaux. Une petite entreprise peut traiter avec des partenaires étrangers sans budget de traduction. Un journaliste peut surveiller des sources dans plusieurs langues. Un chercheur peut s'appuyer sur des travaux quelle que soit la langue dans laquelle ils ont été publiés. Rien de tout cela ne remplace le travail profond et qualifié des traducteurs et interprètes professionnels, indispensables pour les documents à fort enjeu et pour saisir la subtilité culturelle qui échappe encore aux machines. Ce que ces outils apportent, c'est la prise en charge de l'immense terrain intermédiaire, ces documents du quotidien trop nombreux et trop ordinaires pour être traduits professionnellement, mais trop importants pour être ignorés.
L'horizon, à long terme, est celui d'un monde où la langue fait moins obstacle à la compréhension qu'elle ne l'a jamais fait. Non pas parce que tout le monde se mettrait soudain à parler la même langue, mais parce que les outils pour jeter des ponts entre elles sont devenus rapides, performants et accessibles à tous. Cela compte pour le commerce, pour le journalisme, pour la recherche, et pour ce simple objectif humain qu'est le fait de se comprendre par-delà les frontières. Maniés avec le discernement qui convient, rapidité automatique pour l'ordinaire et expertise humaine pour l'essentiel, les outils de traduction de documents aident discrètement le monde connecté à mériter son nom. Les langues ne disparaîtront pas, et c'est tant mieux. Les murs qui les séparent, eux, sont moins hauts qu'avant. Pour un monde qui repose sur la capacité des habitants de pays différents à se comprendre, cet abaissement discret des barrières n'a rien d'anecdotique. Il ne résoudra pas tous les malentendus, mais il fait tomber une grande partie de la friction qui maintenait jusqu'ici tant d'informations utiles bloquées du mauvais côté d'une langue. Et c'est déjà, pour le commerce comme pour la connaissance, un progrès considérable. |
